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Yōkai

Les yōkai sont littéralement des êtres "étranges et inquiétants". Ils peuplent la mythologie shintō (Yamata no Orochi) et les contes japonais anciens, comme Momotarō (Oni), ou récents comme Pompoko, des studio Ghibli (Kitsune et Tanuki).

Yamata no Orochi ou Mythe de la fondation d'Izumo

Kappa

Kappa signifie littéralement "enfant des rivières". Ils portent aussi les noms de Kawappa, Kawako, Kawatarō ou Kawarō. Il s'agit d'un animal amphibien imaginaire d'environ 1 mètre de haut, possédant un bec aiguisé et sur la tête duquel se trouve une cavité lui permettant de conserver une petite quantité d'eau nécessaire à sa survie. Son dos est couvert d'une carapace.
Il est dit qu'ils attirent les Hommes et autres animaux au fond des eaux par divers stratagèmes afin de se repaître de leur sang frais. Les plus vicieux arracheraient les viscères de leurs victimes par l'anus. Ils seraient également friands de concombres. C'est pour cette raison que le makizushi au concombre est appelé kappa-maki.
Pour leur échapper, il est conseillé de les saluer bien bas. Les kappa sont en effet réputés être très polis, ils vous rendront donc votre salut. Ce faisant, la cavité sur leur tête va se vider de son eau et ils vont s'affaiblir. Mais ils ne seraient pas toujours méchants.
Voici un conte pour enfants concernant un kappa.

Le vieil homme et le Kappa

Il y a bien longtemps, vivaient un vieil homme et une vieille femme. Un jour, le vieil homme partit travailler dans la montagne. Sous un arbre, un kappa tout tremblant lui dit : "Eh, quel froid, quel froid ! C'est insupportable ! Je t'en supplie, fais-moi un bon feu." Le vieil homme rassembla des branches mortes et alluma une bonne flambée, ce qui réjouit le kappa. "Ah, quelle douce chaleur... En remerciement, prend ce sac. Il est tout petit, mais si tu y plonges ta tête, tu pourras y voir tous les lieux que tu désires." Puis ils se séparèrent.
En rentrant chez lui, le vieil homme sortit sans tarder le sac. "J'aimerais voir à quoi ressemble la capitale (Kyōto)." Puis il plongea la tête dans le sac. Alors, merveille des merveilles, le sac s'agrandit à vue d'œil jusqu'à devenir assez grand pour que le vieil homme puisse entrer entièrement dedans. "Je veux voir la capitale, je veux voir la capitale." A ces mots, le paysage de la capitale apparut devant ses yeux. "Oh, il y a tant de monde que ça à la capitale !? Il y a aussi beaucoup de maisons... C'est formidable !" Le vieil homme, parfaitement réjouit : "Quel sac intéressant ! Je ferais mieux de le garder pour moi." Puis il le mit dans un coin de l'armoire. Le jour suivant, le vieil homme retourna travailler dans la montagne.
En son absence, la vieille femme voulut préparer du miso (pâte de soja fermentée). Elle chercha un petit sac pour y mettre sa préparation. Elle trouva alors, dans un coin de l'armoire, un petit sac qu'elle n'avait jamais vu auparavant. "Bah, ce petit sac fera bien mon affaire !" En disant cela, elle bourra le sac de miso. Le soir venu, quand le vieil homme rentra, il voulut voir Edo (Tōkyō). Ne trouvant pas son sac, il s'écria : "Dis, tu n'aurais pas vu un petit sac ?" "Hein ? Ca ? J'ai mis le miso dedans." Le vieil homme s'empressa de nettoyer le sac à grande eau. Le sac devint tout fripé et le vieil homme ne put plus y plonger la tête. Jetant un regard furtif à l'intérieur, il s'écria "Je veux voir Edo, je veux voir Edo.". Mais le sac resta désespérément noir.
Le vieil homme courrut jusqu'au marais avec le sac. "Monsieur Kappa, venez-voir. Pourriez-vous s'il vous plaît remettre le sac dans son état d'origine ?" Le kappa sortit et dit au vieil homme : "ce sac, si vous mettez une seule fois quelque chose dedans, il est fichu ! C'est juste un sac...". Puis il se cacha de nouveau dans le marais. Le vieil homme en fut tout désappointé. "Aaha, j'aurais mieux fais d'en toucher un mot à ma vieille."

Tengu

Les tengu sont littéralement des "chiens célestes". Il s'agit d'un être imaginaire dont les caractéristiques principales sont : un long nez, un visage rougeâtre et une paire d'ailes dans le dos. Ils tiennent un éventail de plumes à la main, portent une épée et un bâton de pélerin. Ils vivent dans les montagnes et les forêts reculées. Il a l'apparence d'un Yamabushi (ascète vivant dans les montagnes en se livrant à des exercices censés lui assurer des pouvoirs surnaturels). Il a une puissance surnaturelle et est capable de voler librement. Il existe des tengu très puissants, les Daitengu ou grands tengu et des petits tengu à bec d'oiseau, les Karasutengu ou tengu-corbeau.
Vous pourrez notamment en voir un énorme masque à la gare de Kurama, au nord de Kyōto. Il s'agit du Daitengu Tarōbō qui abitait jadis le Mont Atago, la plus haute des montagnes qui entourent Kyōto. Kurama-tengu est le nom d'une pièce de théâtre nō qui conte l'histoire du tengu qui habitait autrefois la vallée des dignitaires bouddhistes de Kurama.
Dans certaines régions, il existe des mythes sur les tengu. Dans les montagnes, il se produirait souvent des phénomènes étranges, qui seraient l'œuvre de tengu. Le terme "tengu" apparaît dans l'expression "tengu ni naru", littéralement "devenir tengu" et qui signifie "se vanter, fanfaronner".

Ōmukade

Les Ōmukade sont de grandes scolopendres assez trapues, de 7 à 13 cm de long. Leur corps est vert foncé à noir et leur tête rouge-orangée. Elles présentent 21 paires de pattes. Les scolopendres sont subdivisées en 3 sous-espèces qui se répartissent dans le sud de Honshū. Tobizumukade est la plus grande du Japon, et sa morsure, extrêmement douloureuse, peut provoquer une grave tuméfaction pouvant paralyser le membre atteint pendant plusieurs jours. En cas de morsure, il est recommandé de laver au savon puis de laisser de longues minutes sous l'eau chaude (au moins 43°C) afin d'inactiver le poison.
Sa version gigantesque, de plusieurs mètres de long, se trouve dans quelques légendes, dont celle de l'extermination du mukade dans la province de Ōmi (actuelle préfecture de Shiga).
Il y a bien longtemps, dans le pays de Ōmi, vivait un archer d'une grande adresse du nom de Tōta. Un jour, alors qu'il traversait le pont en arc de Seta (ville d'Ōtsu), sur le lac Biwa, Tōta fut surpris. Un gros serpent qui semblait bien faire 60 mètres de long était étendu sur le pont. Ses yeux, qui brillaient d'un éclat intense, et sa langue rouge, qui se faufilait hors de son énorme bouche, lui donnaient un air terrifiant. L'endroit rendant tout geste impossible à cet énorme serpent, Tōta grimpa sans crainte sur son dos et, tout en l'ignorant, traversa rapidement le pont. Quand il l'eut traversé, une voix s'éleva derrière lui : "Eh, vaillant guerrier!". Surpris, Tōta se retourna et vit sur le pont, non plus l'énorme serpent, mais une vieillard à barbe blanche. "Est-ce vous qui m'avez interpelé ? Avez-vous quelque chose à me demander ?". Le vieillard répondit : "Je suis le Dieu Dragon, qui vit sous ce pont. Longtemps, j'ai approvisionné le lac en eau et protègé les poissons et les gens. Mais depuis un certain temps, une énorme scolopendre s'est établie sur le mont Mikami (alt. 432, ville de Yasu, préfecture de Shiga). Elle ravage tout : les montagnes, les rizières, les champs, ... Et ces derniers temps, elle s'attaque même aux poissons des rivières et du lac Biwa. La princesse, ma fille, est en danger. D'une manière ou d'une autre, il faut exterminer cette scolopendre, mais je ne sais comment faire. Comme je ne trouvais personne d'assez vaillant, j'ai attendu tout ce temps sur le pont de Seta. Je n'ai aucun doute, toi seul es capable de le faire. Je t'en supplie, tue-la !". A ces belles paroles, Tōta, le cœur battant, accepta. Le Dieu Dragon l'invita alors dans son palais au fond du lac. Là, la princesse l'attendait pour lui offrir une montagne de mets délicieux.
Au bout d'un moment, les environs s'obscurcirent et finalement, la scolopendre apparut. "Sire Tōta, je vous en supplie, sauvez-moi". A ces mots, Tōta attrappa son arc et ses flèches et grimpa sur le pont. Le Dieu Dragon lui indiqua le Mont Mikami, et la scolopendre, qui paraissait recouvrir la montagne, dirigea ses yeux semblables à deux boules de feu dans leur direction. Tōta se dirigea résolument vers elle et lui décocha plusieurs flèches. Mais elles n'eurent aucun effet. Tōta se souvint tout à coup que les scolopendres craignent la salive des humains. Il enduisit donc abondamment de sa salive l'embout de ses flèches, puis tira de toutes ses forces dans les yeux et entre les yeux de la scolopendre. Celle-ci poussa un cri puis se tordit de douleur. Rien ne pouvait être plus effrayant.
Bientôt, la rivière Seta (qui se jette dans la rivière Uji-gawa, dans la préfecture de Kyōto) se teinta de rouge et la scolopendre sombra. Voyant cela, le Dieu Dragon et la princesse, sa fille, furent remplis de joie. Pour le remercier, ils offrirent à Tōta des objets précieux, dont un sac en paille (tawara) qui ne se vide jamais. Dès lors, son nom devint Tawara Tōta Hidesato. Parmi les présents se trouvait également une magnifique cloche qui fut offerte au temple de Mii, à Ōtsu. Elle est considérée comme l'une des trois plus belles cloches du Japon.

Oni

Les Oni sont les figures imaginaires des démons : diables (Akuma), mauvais génies (Akuryō) et ogres (Kaibutsu). Ils sont généralement représentés avec une forme humaine, mais ils portent une ou plusieurs cornes sur la tête, ont des crocs saillants, un visage effrayant et une force herculéenne. Lors de la fête de Setsubun, il est de coutume de jeter des graines de soja grillées sur les Oni pour les faire fuir. Lors de cette fête, les Oni sont un peu comme le Père Fouettard, pour les enfants. Les Oni apparaissent dans les contes pour enfants comme Momotarō ou Kobutorijīsan.

Momotarō

Il était une fois, un vieil homme et une vieille femme qui vivaient dans un village, au bord d'une rivière. Un jour, alors que la vieille femme faisait la lessive sur la rive, elle vit dériver une énorme pêche. Elle la récupéra et la ramena chez elle. Quand elle voulut la couper, la pêche s'ouvrit en deux et un petit garçon en sortit. Elle l'appela Momotarō.
Momotarō grandit et devint un garçon vigoureux. Un jour, des Oni attaquèrent son village, saccageant tout sur leur passage. Momotarō décida alors de se rendre sur leur île. La vieille femme lui fabriqua des kibidango pour lui donner de la force et du courage.
En chemin, Momotarō rencontra un chien, un faisan et un singe qui se joingnirent à lui en échange de quelques kibidango. Ils prirent ensuite une petite embarcation pour se rendre sur l'île des Oni. Une fois sur l'île, ils attaquèrent les Oni pendant leur repas : le chien mordit, le singe griffa et le faisan piqua avec son bec. Momotarō se battit vaillemment et vainquit le chef des Oni.
Les Oni se rendirent et s'excusèrent auprès de Momotarō, qui ramena tous les biens volés au village et les restitua aux habitants.

Kobutorijīsan

Un jour, un grand-père partit chercher du petit bois dans la forêt. Il avait une lourde protubérance, à la joue gauche, qui ballotait au rythme de ses pas. Surpris par la pluie, il se réfugiat dans une grotte et s'y endormit. Quand il se réveilla, la nuit était déjà tombée et un brouhaha parvenait de l'extérieur de la grotte.
En s'approchant de l'entrée, il vit qu'un groupe de Oni, assis autour d'un feu, faisait bombance devant la grotte. Puis ils commencèrent à danser au son du taiko et de la flûte. Le vieil homme, qui adorait danser, se sentit soudain exalté par la musique et malgré sa frayeur, sortit de la grotte pour danser.
Cette entrée en scène ne plût guère aux Oni. Mais le vieil homme ne pouvait s'empêcher de chanter et danser, ce qui les amusa beaucoup. Ils dansèrent ensemble jusqu'au petit matin. Au moment où les Oni allaient partir, leur chef invita cet étrange petit vieux à revenir la nuit suivante. Et pour être sûr qu'il revienne, il lui prit un objet précieux. Son fagôt ? ses fripes ? Non, sa lourde protubérance à la joue gauche. Les Oni retournèrent au fin fond de la montagne et le vieil homme rentra chez lui, heureux que sa joue gauche soit devenue lisse et légère.
Alors qu'il racontait son aventure à son épouse, leur voisin, qui avait une protubérance à la joue droite, l'entendit et demanda à prendre sa place. Le lendemain soir, ce fut donc le voisin qui alla à la rencontre des Oni. Mais celui-ci ne savait ni danser, ni chanter. Furieux, le chef des Oni le chassa tout en lui collant la protubérance sur la joue gauche. Le malheureux voisin rentra chez lui dépité, avec une excroissance à chaque joue.
Pour soulager sa peine, le vieil homme qui avait perdu sa protubérance se mit à chanter et danser devant son malheureux voisin. Celui-ci, devant le ridicule de la situation, se mit à rire si fort que les excroissances de ses joues tombèrent. Depuis ce jour, le vieil homme et son voisin animent le village de leur danse et de leur chant.

Tanuki

Le tanuki est un Mammifère Canidé présent au Japon mais aussi en Asie de l'Est. Il mesure 50 à 68 cm de long. Son corps est trapu, ses pattes courtes, sa queue épaisse, ses oreilles petites et rondes. Son pelage est dense, long et rugueux. Le sous-poil est dru et très chaud. Il fait son nid dans les cavernes, entre les racines des arbres ou dans les terriers abandonnés des blaireaux. Le tanuki est un animal nocturne et omnivore. Quand il est surpris, il fait le mort. Sa viande était consommée et son pelage utilisé pour fabriquer des pinceaux et des vêtements. Le Tanuki-jiru est une soupe miso avec des légumes et de la viande de tanuki.
Le tanuki a été mystifié dans les contes populaires d'autrefois. Les gens lui attribuaient la capacité à changer d'apparence. C'est le cas dans Pompoko, des studio Ghibli et le conte pour enfants Bunbuku-chagama, où un tanuki se transforme en bouilloire.
Le tanuki est aussi considéré par les agriculteurs comme un pilleur de récoltes. C'est le cas dans le conte Kachikachi-yama.

Kachikachi-yama

Un vieux couple vivait dans la montagne. Le vieil homme passait ses journées à s'occuper des champs mais il s'aperçut un jour qu'un tanuki pillait ses récoltes. Il le piégea et l'enferma dans la maison. Le tanuki fit si bien la comédie que la vieille dame, prise de pitié, le libéra. Mais le tanuki la fit délibérément tomber et elle perdit connaissance. Le vieil homme se porta rapidement à son secours, mais la vieille femme ne pouvait plus bouger. Il partit donc chercher des herbes médicinales dans la forêt où il rencontra un lapin, à qui il raconta toute l'affaire. Le lapin promit de les venger pendant que la vieille femme se rétablissait. Il commença par attirer le tanuki avec de la nourriture et lui demanda, en échange, son aide pour porter un fagot de paille. Le tanuki mit la charge sur son dos et en chemin, le lapin y mit le feu. Il frappa deux silex l'un contre l'autre « kachi-kachi ». Le tanuki demanda quel était ce bruit. « C'est le chant de l'oiseau du mont Kachi-kachi (Kachikachi-yama) ! ». Le feu prit dans la paille « Bow-bow ». Le tanuki demanda à nouveau quel était ce bruit. « C'est le chant de l'oiseau du mont Bow-bow ! ». Le feu prit finalement si bien que le tanuki fut gravement brûlé dans le dos. Le lapin lui proposa ensuite un emplâtre pour soigner ses brûlures. Mais dans le remède, il avait ajouté du piment (tōgarashi), agravant la douleur du tanuki. Enfin, il invita le tanuki à la pêche. Quand le tanuki manqua se noyer parce que son embarcation prenait l'eau, au lieu de l'aider, le lapin le frappa avec la rame de son bateau. Le tanuki s'enfuit et ne revint jamais. La vieille dame se remit et le vieil homme put cultiver tranquillement ses champs.

Kitsune

Dans la religion shintō, le renard (kitsune), est le messager du dieu des céréales, des bonnes récoltes et du commerce, mais également le gardien des domaines. Il porte le nom de Inari, littéralement, "chargé du riz".
Les sanctuaires portant le nom de Inari lui sont dédiés. Ces sanctuaires protègent les habitants et sont gardés par des statues de renard portant dans la gueule un rouleau, un épi de riz ou une clé. Fushimi Inari Taisha, à Kyōto, est particulièrement célèbre pour son allée de torī rouges.
Kitsune udon / soba : plat à base d'émincé de tōfu frit (abura-age).
Inari-zushi : riz vinaigré enfermé dans une poche d'émincé de tōfu frit (abura-age).
"Kitsune" s'utilise pour désigner une personne perfide, sournoise et fourbe.
Les renards apparaissent parfois dans les contes sous l'apparence de femmes qui trompent les hommes.

Yūrei

Dans le folklore japonais, les yūrei sont des revenants, des fantômes. Ils sont généralement représentés avec une tête et un corps, des bras, mais pas de jambes. Ils portent sur la tête une coiffe blanche semblable par la forme à un diadème.

Mimi-nashi Hōichi

Cette histoire s'est passée voilà plus de 800 ans (1185). A cette époque, au Japon, deux grands clans de samurai s'opposaient, les Genji et les Heike. Les Heike de Kyōto fuirent jusqu'au lieu-dit Dan-no-Ura (actuelle ville de Shimonoseki, préfecture de Yamaguchi). Ils opposèrent une dernière résistance sur mer, mais finirent par perdre. Tous les Heike, femmes et enfants compris, se jetèrent à l'eau, quasiment jusqu'au dernier. Après cette bataille de Dan-no-ura, les spectres des défunts du clan Heike commencèrent à se manifester. Ils entraînaient les nageurs aux fonds des eaux, apparaissaient sous forme de feux follets et effrayaient les habitants. Le temple Amida-ji fut donc construit près de la mer pour calmer les âmes des défunts. Et près de ce temple, des tombes, portant le nom de chacun des Heike mort à la bataille. Dès lors, les manifestations se firent plus rares.
Ici, nous faisons un petit saut de quelques centaines d'années. Un garçon, du nom de Hōichi, vivait à Dan-no-Ura. Aveugle de naissance, il devint ménestrel. En même temps qu'il jouait du biwa (luth japonais), il chantait à son auditoir divers chansons. Il était très doué pour le biwa et bien plus encore pour conter la bataille des Genji et des Heike. Et plus particulièrement, quand il arrivait à la violente et triste bataille de Dan-no-ura, les gens pleuraient. Le supérieur du temple Amida-ji pensait également que le jeu de Hōichi était sublime. Il le faisait souvent venir au temple pour jouer et finit par lui donner une chambre. Dès lors, Hōichi vécut au temple et joua du biwa pour le supérieur les soirs où il n'avait pas de travail.
Un soir d'été, le supérieur ayant à faire par ailleurs, il quitta le temple. Hōichi resta seul. Il faisait très chaud cette nuit-là. Hōichi sortit sur le engawa (galerie ouverte, en bois, qui fait le tour des maisons traditionnelles japonaises) et s'assit pour s'entraîner au biwa. Il se faisait déjà très tard et le supérieur n'était toujours pas rentré. Puis, quelqu'un entra par la porte arrière du temple. Ces bruits de pas traversèrent le jardin puis s'arrêtèrent devant Hōichi. Ce n'était pas le supérieur. Ca ressemblait davantage à un samurai en armure. Puis une voix tonitruante : « Hōichi ! ». C'était une voix d'homme. Surpris, Hōichi répondit néanmoins : « Oui ! », puis après une pause, « Qui êtes-vous ? ». « Je suis une personne séjournant près de ce temple. Mon maître souhaite t'entendre jouer du biwa. Prends ton biwa et viens. ». A cette époque, tout le monde devait agir selon les directives des samurai. Hōichi prit donc son biwa et suivi l'homme. Après avoir marché un certain temps, l'homme s'arrêta. Ils semblaient être debout devant une grande porte. Hōichi pensa que c'était étrange, parce qu'en dehors de celle du temple Amida-ji, il n'y avait pas de grande porte dans le voisinage. L'homme dit : « Ouvrez la porte ! » et un bruit de porte qui s'ouvre se fit entendre. Hōichi entra à la suite de l'homme. Ils traversèrent un vaste jardin puis s'arrêtèrent de nouveau. « Etes-vous là ? J'ai amené Hōichi ! » dit l'homme. Puis à nouveau un bruit de porte qui s'ouvre et la voix d'une femme. Hōichi pénétra dans le bâtiment qui lui fut indiqué. Il arriva dans une grande salle qui semblait pleine de monde. Puis la femme dit à Hōichi : « Notre maître te dit de jouer du biwa en racontant l'histoire des Heike. ». Hōichi demanda : « Comme c'est très long, je ne peux pas tout raconter. Quelle partie souhaiterait entendre le maître ? ». « La bataille de Dan-no-Ura, s'il vous plaît. » répondit la femme. Alors, d'une voix forte, Hōichi commença à chanter la triste bataille de Dan-no-Ura. Les bateaux qui s'avancent, les flèches qui volent dans le ciel, les cris des gens qui courent en tous sens, les katana qui s'entrechoquent, les blessés qui tombent à la mer, … Hōichi retranscrit merveilleusement tous ces sons avec son biwa. « Extraordinaire ! Jusqu'alors, je n'avais jamais entendu un aussi beau jeu ! ». « Le jeu de Hōichi est le meilleur du Japon ! ». Toutes les personnes qui avaient écouté s'extasièrent à voix haute. Puis Hōichi continua, toujours mieux, de chanter et de jouer du biwa. Puis, finallement, il entama le passage où les femmes prennent leurs enfants dans leurs bras et se jettent à la mer, et tous les auditeurs se mirent à pleurer à chaudes larmes. Leur émotion était si vive que Hōichi en fut surpris. Ils continuèrent à pleurer longtemps. Puis, le calme revenant enfin, la femme dit à nouveau : « C'était un jeu extraordinaire. Le maître aussi dit qu'il est très satisfait. A partir de demain, pendant 6 jours, chaque soir, faites nous entendre votre chant, s'il vous plaît. Demain aussi, à la même heure, venez ici, s'il vous plaît. Et surtout, ne dites à personne que le maître est ici. ». Hōichi les remercia puis suivit de nouveau le samurai pour retourner au temple. Quand il arriva, le soleil commençait déjà à pointer à l'horizon. Le supérieur était déjà rentré mais il ne s'était pas aperçu de l'absence de Hōichi.
A compter du jour suivant, chaque soir, le samurai vint chercher Hōichi. Toujours au même endroit, Hōichi allait chanter accompagné de son biwa. Hōichi allait de moins en moins bien, son visage devenant toujours plus pâle. Quand il le vit, le supérieur trouva cela étrange. Un soir, le supérieur s'aperçut que Hōichi n'était plus au temple. Au petit matin, quand Hōichi rentra, le supérieur le fit appeler. « Hōichi, où étais-tu allé ? Toi qui es aveugle, sortir seul, tard le soir, est dangereux. Pourquoi es-tu sorti sans rien me dire ? Où es-tu allé ? ». « Je vous demande pardon ! J'avais quelque chose à faire absolument... ». Hōichi ne dit cependant rien de la raison de ses sorties nocturnes. Le supérieur du temple en fut très surpris et pensa : « C'est bizarre. Cette affaire est suspecte. ». Le supérieur commença à s'inquiéter sérieusement pour Hōichi. Il demanda alors à des employés du temple : « Si Hōichi sort de nouveau ce soir, suivez-le pour voir où il se rend. ». Le soir venu, Hōichi sortit. Les employés le suivirent. Mais soudainement, Hōichi disparut. « C'est étrange. Hōichi ne peut pas marcher vite parce qu'il est aveugle. Malgré cela, il a réussi à nous semer. Où a-t-il bien pu aller ? ». Ils cherchèrent à différents endroits, mais sans succès. Ennuyés, ils s'en retournaient vers le temple, quand ils entendirent, en provenance du cimetière, le son d'un biwa. Ils s'approchèrent pour voir et virent Hōichi, assis seul, au milieu des tombes. Il chantait à haute voix la bataille de Dan-no-Ura, en s'accompagnant de son biwa. Sur les tombes, ils pouvaient voir plusieurs feux... les feux follets des revenants. « Monsieur Hōichi ! Monsieur Hōichi ! » crièrent les employés du temple. Mais Hōichi ne semblait pas entendre. Ils lui crièrent alors à l'oreille, « Monsieur Hōichi ! Rentrons immédiatement ! ». Hōichi répondit alors : « Ne criez pas comme ça s'il vous plaît! Je suis en train de jouer. ». Malgré ses réticences, les employés du temple forcèrent Hōichi à rentrer au temple, où ils l'aidèrent à se changer et lui donnèrent à manger.
Après avoir entendu le récit des employés du temple, le supérieur interrogea Hōichi. Finalement, Hōichi raconta tout ce qui s'était passé jusque là. Le supérieur lui dit : « C'est très grave. Très dangereux. Tu n'es pas allé dans la maison de quelqu'un. Tu jouais du biwa devant les tombes des Heike. Les défunts du clan Heike t'ont appelé. Si tu refais une seule fois ce qu'ils te demandent, ils te tueront. Ce soir, je dois m'absenter pour affaire, je ne peux donc rester avec toi. Mais avant de sortir, je vais couvrir ton corps de sutra. Si j'y écris des sutra, ton corps deviendra invisible aux revenants. ». Avant la nuit, le supérieur s'appliqua à écrire au pinceau les sutra sur le corps de Hōichi : poitrine, dos, tête, cou, mains, jambes, et même plantes des pieds. Après avoir fini, il dit à Hōichi : « Ce soir, quand je serai sorti, assieds-toi sur le engawa et attends. Quelqu'un va venir t'appeler. Cependant, quoi qu'il arrive, tu ne dois pas répondre. Tu ne dois pas non plus bouger. Si jamais tu bougeais ou parlais, ne serais-ce qu'un peu, ils te tueraient. As-tu compris ? Si tu fais exactement ce que je t'ai dit, tout ira bien. Ne t'inquiète pas. ».
Le soir venu, le supérieur partit. Hōichi fit ce qu'il lui avait demandé et s'assit sur le engawa. Il posa son biwa près de lui et resta silencieux. Cela dura plusieurs heures. Quand soudain, il entendit au loin des bruits de pas qui se rapprochaient. La porte du temple s'ouvrit, les bruits de pas traversèrent le jardin puis s'arrêtèrent devant Hōichi. « Hōichi ! » dit une voix tonitruante. Mais Hōichi se tut. « Hōichi ! » reprit la voix. « Hōichi ! ». Mais Hōichi continuait à se taire et à rester assis, figé comme une statue. « Il ne répond pas. Où peut-il bien être ! ». Les bruits de pas grimpèrent sur le engawa et s'approchèrent doucement de Hōichi. Le fantôme ne pouvait voir le corps de Hōichi. « Il y a un biwa ici. Mais Hōichi n'y est pas... Tiens, je vois deux oreilles. Aha, c'est sûrement pour ça qu'il ne peut pas répondre. Puisqu'il n'a pas de bouche. Bien. Dans ce cas, ramenons seulement ses oreilles au maître. ». Il saisit les oreilles de Hōichi. « Quelle force incroyable. Aïe, aïe. Mes oreilles vont s'arracher... Aah ! ». Mais Hōichi n'émit pas un son. De part et d'autre de sa tête, il sentit s'écouler quelque chose de tiède.
Le supérieur rentra avant l'aube. « Hōichi ! Hōichi ! ». Le supérieur se précipita vers Hōichi en même temps qu'il l'appelait. Le engawa était trempé. « C'est quoi, ça ! ». En regardant de plus près, il vit que c'était du sang. Hōichi, malgré son hémorragie, restait assis sur le engawa. « Qu'est-ce que tu as ? Tu t'es blessé ! » dit le supérieur, surpris, à voix haute. En entendant la voix du supérieur, Hōichi se sentit en sécurité et se mit à pleurer. Alors que ses larmes coulaient, il raconta ce qui s'était passé pendant la nuit. Le supérieur lui dit : « Quelle pitié, quelle pitié. C'est de ma faute. Je croyais avoir écrit les sutra sur l'ensemble de ton corps, mais j'ai oublié les oreilles. Et j'ai eu le malheur de ne pas vérifier après. Mais maintenant ça ira. Il n'y a plus rien à craindre. Les fantômes ne reviendront certainement pas. ». Cette histoire devint rapidement populaire. Les gens affluèrent pour entendre Hōichi jouer du biwa. Hōichi s'étant fait arracher les oreilles par les revenants, il fut surnommé « Hōichi sans oreille ».

Amabie

Les Amabie sont des yōkai, mi-humains, mi-sirènes, qui vivent en mer, annoncent les bonnes récoltes et protègent les malades lors des épidémies. Il suffirait de montrer une image d'Amabie à un malade pour le guérir. En mai 2020, en pleine pandémie de covid-19, cette légende a refait surface. A l'approche de la fête des enfants (kodomo no hi), ces images de Amabie se sont transformées en "koinobori" (cerf-volants, représentant des carpes, que l'on accroche devant les maisons, en souhaitant une bonne croissance des garçons).
L'efficacité du traitement n'est cependant pas scientifiquement prouvée.