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Le grand tremblement de terre du Tohoku en 2011

Le 11 mars 2011, un séisme a frappé le Japon alors même que le pays était déjà en difficultés du fait de la hausse du yen et de la déflation. Même si la reprise économique est observée en ville, ce n'est pas le cas en province, surtout à cause de la difficile possibilité d'augmentation des salaires. Les fonds et les jeunes talents convergeant vers la capitale, le déclin rural est difficile à enrayer. Après la catastrophe du 11 mars et la crise nucléaire qui a suivi, divers problèmes ont été mis en avant : le déclin des provinces, l'inefficacité des mesures proposées contre le chômage, l'insuffisance de la politique mise en place et le risque de chute excessive des prix qui entraîne la délocalisation des lieux de production. Le Japon se trouve à un tournant décisif de son histoire.

À la fin de 2011, le gouvernement a annoncé qu'il allait réorganiser la "zone de rapatriement difficile" (Kikankonnankuiki), étendue de 20km autour de la centrale nucléaire de Fukushima ainsi que deux villages et une ville situés au nord-ouest de la centrale. À cause de la radioactivité, les habitants originaires de ces lieux ne pourront pas rentrer chez eux avant au minimum cinq ans. Après le grand tremblement de terre, une collégienne de 12 ans, qui a déménagé de Sendai (une ville de la préfecture de Miyagi, dans le Tohoku) à Fushimi (au sud de Kyoto), a obtenu en 2013 le prix d'excellence dans un concours de composition à Kyoto. Elle a écrit : " eau, gaz, électricité, maison, amis, famille et vie. On ne doit pas trouver naturel que toutes ces choses existent. " ; " jusqu'à hier, on parlait, travaillait, jouait et vivait normalement, mais nombre de vies ont été ôtées en un instant ", extraits laissant transparaître l'épreuve subie par cette jeune fille. Ce jour-là, le monde s'est complètement transformé. Cette collégienne a ressenti que " les choses qui d'ordinaire semblaient naturelles, n'étaient en fait pas si naturelles ". Cependant, elle écrit aussi qu'elle a découvert dans l'obscurité que " les étoiles sont très, très jolies ".

Le 20 mars 2011, un garçon de seize ans et sa grand-mère, isolés sous des décombres pendant 217 heures, ont été retrouvés sains et saufs. Au 22 mars, on dénombrait 8 805 morts et 18 335 disparus. Les réfugiés peinaient à avoir de la nourriture, des médicaments, de l'électricité, du pétrole et de l'essence. Comme c'est une région froide, la situation était encore plus difficile pour les femmes enceintes, les bébés et les personnes âgées ou malades.

Trois ans ont passé depuis le grand tremblement de terre du Tohoku (Higashinihon daishinsai) du 11 mars 2011. L'affliction des sinistrés est gravée dans les mémoires. Alors, que pouvons-nous faire maintenant ?

Le Japon accueille la saison des cerisiers au mois d'avril. La plupart des Japonais aiment cette fleur éphémère. Très beaux, ses pétales évoquent la tristesse pour ceux qui viennent de perdre leurs proches et c'était exactement le cas en 2011. Autrefois, cette fleur à cinq pétales était aussi le symbole des kamikazes, avions-suicide de l'armée de l'air. Aujourd'hui, les Japonais trouvent une valeur esthétique dans cette fleur qui s'épanouit et tombe aussitôt. Le Tohoku est la région où l'on trouve le plus de cerisiers. La ligne climatique de floraison des cerisiers remonte du sud vers le nord à partir de fin mars. Comme cette région se trouve sur la partie oblongue de l'archipel, le front climatique redonne graduellement vie aux arbres. Dans la littérature japonaise, il y a une quarantaine d'appellations différentes du printemps car il est subdivisé selon le degré de floraison : bourgeonnement, floraison, chute des pétales… Les Japonais apprécient cette période depuis longtemps. À l'opposé de " l'éternité " qui est appréciée dans les cultures européennes, les Japonais ont toujours accordé de l'importance à l'acceptation de la fugacité et y trouvent leur joie de vivre. Habitant dans un archipel étroit, leurs ancêtres ont connu de nombreux désastres et vécu de grands deuils. Ils ont réussi à chaque fois à surmonter ces épreuves et se sont relevés courageusement. Ainsi, l'histoire de ce pays est-elle parsemée de tels bouleversements.

Près de vingt mille personnes ont été tuées et environ trois cents mille sont forcées de vivre dans des constructions provisoires ou de quitter leur ville. Les sinistrés du Tohoku étaient restés intègres et n'avaient pas, même dans cette situation extrême, commis de saccages : aucune émeute ni pillage, preuve de la discipline des Japonais. Ils ont alors bénéficié d'une bonne réputation à l'international. Et les Japonais sont reconnaissants pour les aides financières reçues du monde entier. Par ailleurs, ces soutiens ont motivé le peuple japonais pour rassembler leur courage et rétablir le pays. Les Japonais sont capables de s'entraider et de bien se comporter face aux désastres naturels, mais ils sont trop insouciants devant les désastres provoqués par l'imprudence des hommes. Quant à la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima, c'est clair que les actions maladroites du gouvernement et les informations tardives ont mis les réfugiés dans l'embarras. Aussi les Japonais restent-ils mesurés face aux progrès de la capitale, faits au prix de la sécurité des habitants de Fukushima, chargés de produire l'électricité pour les citadins grâce aux centrales nucléaires. La population ne devrait pas oublier quelle est la cause de cette catastrophe.

Autre changement de la mentalité japonaise observé après le 11 mars : alors que les Japonais ne manifestaient pas ou peu, ils ne veulent désormais plus se taire. Nombre de personnes sont descendues dans les rues. Des voix ont commencé à s'élever pour réclamer les mesures nécessaires à la reconstruction du pays. Les Japonais se sont ainsi aperçus qu'ils devaient créer leur futur eux-mêmes. Ils ne veulent plus ni de cette ploutocratie ni de ces travaux publics qui ont fini par épuiser la nature.

Après la défaite de la Seconde Guerre mondiale, les Japonais disaient qu'il faudrait au moins cinquante ans pour redresser le pays. Courageux, ils n'ont pas écarté le seul des maux de l'humanité resté au fond de la boîte de Pandore : l'Espérance. Cette fois encore, ils peuvent s'engager sur le chemin du rétablissement.

Saviez-vous que, désormais, les sinistrés utilisaient une chanson enfantine intitulée Furusato comme hymne ? Furusato veut dire petite patrie. Ce qui donne du courage aux sinistrés obligés de fuir leurs ville et village natals, c'est cette chanson. Elle a été créée à l'époque Taisho (1912-1926) et était souvent chantée par les travailleurs migrants qui devaient quitter leur région natale. Voici les paroles et une traduction par Tadashi :

Usagi oishi kanokawa
Kobuna tsurishi kanokawa
Yume wa ima mo megurite
Wasure gataki furusato

Ikani imasu chichihaha
Tsutsuganasiya tomogaki
Ame ni kaze ni tsuketemo
Omoiizuru furusato

Kokorozashi o hatashite
Itsunohinika kaeran
Yama wa aoki furusato
Mizu wa kiyoki furusato

Colline où je courais après les lapins
Rivière où je pêchais du carassin
Beaux rêves imprimés dans mon esprit
C'est mon inoubliable petite patrie, furusato

Où êtes-vous, mes parents,
Mes amis qui j'espère se portent bien
Chaque fois qu'il pleut et qu'il vente
Je me rappelle ma petite patrie, furusato

Je réaliserai entièrement mon rêve
Le jour où je rentrerai chez moi
Colline bleue, ma petite patrie, furusato
Rivière pure, ma petite patrie, furusato

Les Japonais se rappellent le grand séisme de Kobe, qui avait eu lieu en 1995 et avait fait 6 434 victimes. La ville avait été détruite par des secousses sismiques, tandis que cette fois-ci c'est un tsunami qui a dévasté la région de Tohoku. Les anciens sinistrés de Kobe et de nombreux volontaires dans tout le Japon se sont mobilisés pour venir bénévolement en aide aux réfugiés. Tous les êtres humains sont unis les uns aux autres par des fils invisibles et ils doivent s'entraider pour maintenir ces liens fragiles. Le caractère , se lit " kizuna " et signifie " lien ". Il est composé de deux parties, celle de gauche signifie " fil " et celle de droite, "moitié ".

Avec cet article, j'espère sincèrement que nos lecteurs n'oublieront pas que le Tohoku est une belle région. Le courant chaud Kuroshio ou Kuro-Shivo circule du Pacifique ouest vers le nord-est du Japon et a pour effet d'adoucir les températures en hiver, comme le Gulf-Stream en Europe. Les oiseaux migrateurs tels que les cygnes et les canards descendent donc hiverner dans cette région. Le Tohoku est une région pittoresque : Fukushima, Miyagi, Sendai, Iwate… Yanagida Kunio, critique encyclopédique très connu au Japon, a dit : "Si on a son foyer dans son cœur, on peut retrouver son courage même si on se trouve dans la misère.".

 

 

 

 

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