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Discours de Tadashi au concours de la Maison franco-japonaise d'Ebisu

 

Le samedi 20 novembre 2010, il a participé au concours de discours en français de la Maison franco-japonaise d’Ebisu, à Tokyo. Il a recu le premier prix et s'est vu offrir un voyage en France et des cours intensifs pendant quatre semaines dans une école à Paris.

Dans cette compétition, il a parlé de l’histoire de ses grands-pères et de son travail actuel de guide-interprete. Voici les textes :

Mes deux grands-pères

Bonjour, je m’appelle Tadashi Sugihara. Je viens de Kyoto. Aujourd’hui, je vais vous parler de deux personnes que j’admire. Il s’agit de mes deux grands-pères qui ont tous deux participé à la Seconde guerre mondiale.

Mon grand-père paternel s’appelait Yoshio. Quand j’étais tout petit, j’allais souvent dîner chez lui. Je me souviens bien qu’il était gentil avec moi mais il est décédé alors que j’étais encore bien jeune. Je n’ai pas eu l’occasion de l’entendre me raconter ce qu’il avait vécu pendant la guerre. Mon père l’a beaucoup regretté et, un jour, c’est lui qui m’a raconté l’histoire de ce grand-père dont voici un épisode qui m’a marqué.

Mon grand-père avait été envoyé en Chine. Après la guerre, il fut détenu en Sibérie, interné dans un camp de travail et contraint à des travaux épuisants, comme la construction d’une voie ferrée ou de maisons. Il était prisonnier avec une dizaine de camarades de régiment mais, l’un après l’autre, ils sont tous morts à cause du froid en hiver, de la dureté des travaux et des mauvaises conditions de captivité. Mon grand-père a voulu rapporter au Japon un souvenir d’eux. Mais il n’y avait rien car l’armée soviétique avait confisqué leurs armes et leurs affaires. Alors, mon grand-père a décidé d’arracher avec un bouton d’uniforme les ongles de ses amis morts et de les conserver pour les rapporter. Il a été rapatrié deux ans plus tard. À son retour au Japon, il a rendu visite aux familles de ses amis morts en Sibérie pour s’excuser de ne pas avoir pu les ramener vivants avec lui.

Mon autre grand-père, mon grand-père maternel, s’appelle Eiichi Yamamoto. Il va sur ses quatre-vingt-dix ans et habite à Osaka avec sa famille. Même s’il perd petit à petit la mémoire, il me parle toujours d’un ton alerte de la guerre quand je vais le voir chez lui.

Dans l’armée japonaise, l’ordre d’un gradé était un ordre absolu. Un jour qu’il avait tenté de protéger un camarade de régiment ayant fait une faute, un sergent l’avait frappé au visage et c’est pourquoi il entend toujours mal d’une oreille.

Au moment de la capitulation du Japon, il était en Mandchourie, en Chine. Lorsque le bateau qui devait le rapatrier est arrivé, il n’a pas été admis à bord. La raison était tout simplement que le commandant de l’armée japonaise s’appelait Yamamoto (note : Isoroku Yamamoto, amiral en chef de l’armée japonaise), comme mon grand-père. Or, comme ce commandant était mort sur le champ de bataille deux ans plus tôt, mon grand-père devait rester en Chine car ses camarades craignaient qu’il ne soit arrêté par l’armée d’occupation américaine si jamais il rentrait tout de suite. Laissé en Chine, il n’a pu retourner au Japon qu’un an plus tard.

Même après leur retour au Japon, mes grands-pères n’ont pas connu de moment de répit. Ils ont beaucoup travaillé pour reconstruire le pays, l’époque était pauvre. En écoutant leur histoire, j’ai senti que je devais transmettre à mon tour leurs expériences de la guerre. Mais en même temps, j’ai compris que j’étais peu qualifié pour en parler car je suis né dans une époque riche qui n’a pas connu la guerre.

C’est un voyage à Hiroshima et des enfants que j’ai rencontrés là-bas qui m’ont fait changé d’avis. Depuis le printemps dernier, je travaille en tant que guide-interprète auprès de touristes français. Quand je les amène au Parc commémoratif de la paix de Hiroshima, des écoliers s’approchent toujours de nous pour nous poser des questions en anglais, pour nous demander par exemple la raison de notre visite ou notre avis sur la bombe atomique. La visite de Hiroshima est au Japon une occasion donnée aux enfants de réfléchir sur l’histoire de la ville où ils habitent. Après que j’ai parlé de Hiroshima aux touristes, ces derniers répondent volontiers à leurs questions, toujours avec le sourire. Et moi, je suis attendri par ces scènes qui me montrent qu’il n’y a aucune raison de se sentir gêné ou réticent à parler de tel sujet même si je n’étais pas encore né à cette époque.

Il est malheureusement inévitable que le nombre de survivants de la bombe atomique ainsi que des personnes âgées pouvant raconter leurs expériences de la guerre diminue d’année en année. Cependant, je pense qu’il est possible de transmettre les vérités historiques de générations en générations et de pays en pays. Le Japon est une nation riche d’histoire, de cultures et de traditions. Pour cela, il faut conserver les monuments historiques et préserver les paysages.

Il est certes important de visiter les sites touristiques quand on voyage mais il est aussi important de rencontrer les gens. À travers les conversations qu’on peut avoir avec eux, on peut mieux comprendre leur vie et faire de nouvelles découvertes, apprendre une multitudes de choses qui ne sont pas consignées dans les livres, ainsi que je l’ai fait avec mes deux grand-pères.

Je suis fier de travailler comme guide et de pouvoir me rendre utile aux touristes étrangers en les aidant à approfondir leur compréhension du Japon. C’est un travail que j’espère poursuivre longtemps.

Tadashi

 

 

 

 

 

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